MUSIC POWER YASMINE HAMDAM

Bonjour, bonjour les fanas de musique ! Est-ce que vos enceintes ont supporté les riffs enragés des Raconteurs la semaine dernière ? Les jours se suivent et ne se ressemblent pas : le soleil a laissé place à la pluie… Mais tâchons de le faire revenir grâce à notre artiste de la semaine ! Le doux vent méditerranéen va souffler sur votre visage, le charme de l’Orient va s’insinuer dans les moindres recoins de vos p’tits corps confinés !
Mesdames et messieurs, je vous demande d’accueillir la reine de la sensualité, la diva d’origine libanaise, la déesse orientale ! J’ai nommé Yasmiiiiiiiiine Hamdaaaaaaan !

Yasmine Hamdan, crédit photo Jean-Baptiste Millo

Yasmine Hamdan est née au Liban en 1976, mais quitte son pays bien vite, car la guerre éclate. Les Hamdan vont vivre aux Emirats Arabes Unis, en Grèce et au Koweit, où la guerre finit par les rattraper. Ils rentrent au Liban en 1990. A cette époque, la jeune Yasmine s’intéresse beaucoup au patrimoine musical arabe et commence un vrai travail de collectage en rassemblant des cassettes audio de musique traditionnelle. Mais loin d’elle l’idée de se cantonner à la tradition : elle fonde son premier groupe, les Soapkills. Dans ce duo, elle chante en arabe, et le musicien qui l’accompagne compose des arrangements trip-hop. Un style musical inédit en langue arabe à cette époque !

Par la suite, elle s’installe à Paris où elle va rencontrer son mari, le cinéaste israélien Elia Suleiman (Prix du Jury à Cannes en 2002 avec Intervention Divine). Elle réside définitivement dans la capitale française en 2005, et continue son parcours musical avec plusieurs collaborations. Sa nouvelle vie est ici ! « Je ne pourrais plus jamais retourner là-bas : au Liban. C’est quelque chose de symbolique, je serai toujours en exil. J’ai besoin pour rester libre de vivre dans un pays neutre. Paris est une évidence et j’ai réussi à construire quelque chose ici ». Son album solo, Ya Nass, sort en 2013.

Vous pouvez retrouver l’album Ya Nass à la médiathèque de Carnac ! Et n’hésitez pas à cliquer sur les mots soulignés dans cet article pour écouter sa musique !

Son mariage avec Elia Suleiman et sa collection de cassettes audio témoignent de deux traits de caractères très importants chez la chanteuse : l’engagement et une identité multiple à travers l’héritage musical arabe.

Yasmine Hamdan incarne parfaitement la femme moderne, libre et exaltée ! Si déjà ce n’est pas toujours une position facile dans le monde occidental, la situation est plus dramatique dans le monde arabe. Engagée dans les paroles de ses chansons, elle assume totalement sa sensualité, sans vulgarité aucune. Elle n’aime pas rentrer dans des cases et ne s’avoue pas « féministe par calcul, mais par nature ». En se respectant en tant que femme, elle est « consciente de ses droits, de ses devoirs, de ses désirs ». Cette sensualité s’incarne parfaitement dans le film de Jim Jarmusch,  Only lovers left alive, où elle interprète son propre rôle dans une scène anthologique et envoûtante à la fin du film. Hal suspend le temps avec cette note lancinante à la guitare électrique, suspension rompue au rythme du déhanchement, de la voix de la chanteuse. Dans cette scène, nous sommes comme happés dans une bulle alliant lenteur et mouvements mesurés, modernité et tradition, guitare électrique et instruments de musique gnawa, le qraqeb. Sa voix chaude et légèrement rauque subjugue autant les hommes que les femmes. Le clip de Nediya, chanson d’amour empruntée au répertoire turc, exprime quant à lui le regard dérangeant des hommes sur les femmes.

En collectionnant ses cassettes, elle pioche dans le patrimoine musical arabe pour le retravailler, n’en garder que l’essence. Yasmine Hamdan le réinterprète alors selon sa personnalité. A ce sujet, elle se définit comme « une voleuse de grand chemin. Je fais du kidnapping. Je vole à droite, je crée à gauche, je brise de vieilles chansons pour les faire renaître aujourd’hui. Je suis en plein cambriolage vintage ». La chanson Bala Tantanat, qui figure dans son album solo, est une chanson politique des années 40, tombée dans le domaine public. La chanson Beirut est une reprise d’Omar El Zenneh : elle a complètement ralenti le tempo pour mieux traduire la nostalgie liée à cette ville du Moyen-Orient. Les sonorités pop, folk, électro de Ya Nass côtoient sans cesse la tradition orientale, notamment par la langue employée. La chanteuse précise que c’est une démarche politique de chanter en arabe, mais c’est aussi sa langue natale, celle de ses émotions. Son identité multiple (avoir vécu dans plusieurs pays, s’être trouvée déracinée dans son enfance, s’être épanouie professionnellement à l’étranger) est un véritable atout pour la création. A propos de ces influences musicales, Yasmine Hamdan s’exprime : « Je ne supporte pas le terme world music. Je ne fais pas de la world music ! C’est un terme discriminant, voire raciste. On dirait qu’être arabe m’oblige à coller à une identité culturelle, me limite géographiquement et musicalement. Je suis libre, j’entends faire exactement ce que je veux, ce n’est pas une lutte Orient/Occident, je passe de l’un à l’autre sans me poser de questions. Je viens d’une région fragmentée, je le suis aussi ».

Finalement, son travail de réhabilitation de l’ancien avec le nouveau symbolise la construction d’un pont entre l’Orient et l’Occident. Ses compositions s’écoutent comme la réconciliation du passé avec le présent pour envisager un avenir meilleur : belle résonnance avec la situation politique du Moyen-Orient ! Un magnifique élan d’espoir !

Pour aller plus loin :

Intervention de Yasmine Hamdan dans l’émission 28 minutes d’Arte, sur sa collaboration avec le chanteur Christophe.
L’excellent NPR Tiny Desk (concert acoustique), c’est par ici !
Un p’tit live dans les étoiles
La chronique musicale de Didier Varrod sur France Inter

Dans nos bacs, d’autres chanteuses orientales, entre tradition et modernité :
Fayrouz Bebalee ; Oum Soul of Morocco, Zarabi ; Amina Alaoui Arco Iris ; Natasha Atlas Ana Hina, Myriad Road ; Orange Blossom Under the shades of violets, Everything must change ; Emel Mathlouthi Kelmti Horra ; Oslem Bulut Ask ; Gaye Su Akyole Hologram Imparatorlugu.

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